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Enquête québécoise sur la violence commise par des partenaires intimes : une première édition controversée 


Tashi Farmilo



De nombreuses associations provinciales et chercheuses universitaires œuvrant dans le domaine de la violence faite aux femmes ont émis des réserves suivant la publication, en décembre dernier, des résultats de l’Enquête québécoise sur la violence commise par des partenaires intimes, une enquête populationnelle menée pour la toute première fois en 2021-2022 par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).


Celle-ci avait pour principal objectif de mesurer la victimisation associée à la violence entre partenaires intimes vécue au cours de la vie ainsi que la violence entre partenaires intimes subie au cours des 12 mois précédant l’enquête par les femmes et les hommes de 18 ans et plus, et ce, dans l’ensemble de la province. Or, une coalition regroupant des organismes tels que la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF), le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale (RMFVVC), l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2), L’R des centres de femmes du Québec et SAS-Femmes soutient que l’enquête ne rend pas compte de la notion de contrôle coercitif, qui est de plus en plus reconnue comme faisant partie intégrante de cette violence.


Dans une déclaration commune, la coalition déplore le fait que les résultats de l’enquête ne distinguent pas la violence exercée dans le but de dominer l’autre (la violence conjugale) des autres types de violences en contexte de relations intimes, comme la violence situationnelle ou la résistance violente. Selon le rapport, le fait de subir deux actes de violence physique au cours de sa vie, sans considérer le contexte, qualifie une personne de victime de violence entre partenaires intimes. En considérant des occurrences isolées d’actes de violence, sans évaluer les motivations, la dynamique de pouvoir et leurs conséquences, l’enquête ne parvient pas à saisir la véritable nature de la violence conjugale, sa complexité et ses subtilités. Le rapport indique d’ailleurs lui-même qu’il n’est tout simplement pas possible d’affirmer hors de tout doute qu’il s’agit de violence entre partenaires intimes dans ses résultats.


Selon les données recueillies, 40 % des femmes et 26 % des hommes au Québec ont subi au moins un acte de violence de la part d’un partenaire ou ex-partenaire intime. Au cours des 12 mois précédant l’enquête, 6 % des femmes et 4,2 % des hommes ont déclaré avoir vécu de telles expériences. Pourtant, seuls 26 % des femmes et 17 % des hommes ayant signalé des actes considérés comme criminels ont communiqué avec la police. Les signalements étaient plus fréquents dans les cas de violence physique ou sexuelle que dans ceux impliquant des actes de coercition sexuelle ou reproductive, malgré les graves conséquences de cette dernière.


Ces résultats reflètent les tendances nationales. Selon une enquête sur la sécurité des Canadiens réalisée en 2019, une personne ayant subi de la violence physique ou sexuelle de la part d’un partenaire ou ex-partenaire intime sur cinq (19 %) a signalé la violence subie à la police. Cela constitue un exemple de ce que l’on connaît comme le « chiffre noir » de la criminalité. En effet, ce chiffre noir fait référence à l’écart entre les statistiques policières et le nombre total d’infractions criminelles (qu’elles aient été signalées à la police ou pas). Il demeure important dans le domaine de la violence entre partenaires intimes, où la stigmatisation et la peur empêchent souvent les victimes de révéler les abus subis.


La coalition souligne également que l’enquête, en comptabilisant des actes de violence situationnelle ou de résistance au même titre que des actes de violence conjugale, crée une confusion et renforce la thèse de la symétrie de la violence entre les hommes et les femmes. Les gestes de l’agresseur et ceux d’une victime qui se défend dans un contexte de violence conjugale sont comptabilisés sans distinction. Ainsi, elle exprime des inquiétudes quant à l’utilisation de ces statistiques, craignant qu’elles ne minimisent la réalité de la violence conjugale, qui appelle des interventions et des moyens adaptés pour la combattre. Une mauvaise utilisation de celles-ci pourrait mettre en danger la sécurité des femmes violentées et de leurs enfants, craint la coalition.

 

Des disparités démographiques ressortent également des données. Les femmes ayant un niveau de scolarité plus faible et celles vivant dans des quartiers défavorisés étaient plus susceptibles de signaler des violences à la police. Les femmes ayant subi des traumatismes durant leur enfance, notamment un placement en famille d’accueil ou une exposition à la violence conjugale, ont également signalé ces violences à des taux plus élevés.


En conclusion, le RMFVVC, la FMHF, l’Alliance MH2, L’R des centres de femmes du Québec ainsi que SAS-Femmes appellent le Secrétariat à la condition féminine à demander à l’ISQ des changements dans la méthodologie, pour les enquêtes ultérieures, afin de se doter d’instruments de mesure plus sensibles pour capter la violence conjugale dans toute sa complexité. Les signataires appellent également à une collaboration plus étroite avec les groupes experts pour garantir une compréhension exhaustive de la violence conjugale au Québec, ce qui permettra de brosser un portrait plus juste de la problématique.


 


Trad. : MET









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