La nouvelle politique de soutien à domicile du Québec est saluée, mais critiquée
Tashi Farmilo
Intitulée « Mieux chez soi », la nouvelle politique nationale de soutien à domicile du Québec, présentée comme un grand virage vers le maintien de l’autonomie, a été accueillie avec réserve par différents groupes et associations de défense des droits. S’ils saluent les objectifs visés, ils jugent les engagements financiers encore insuffisants pour répondre à l'ampleur des besoins.
Annoncée à la fin janvier par la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, cette nouvelle politique s’accompagne d’une enveloppe de 107,2 millions de dollars pour la mise en œuvre des actions prévues en matière de soutien à domicile. Ces actions incluent : la modernisation de l’allocation autonomie à domicile (anciennement le chèque emploi-service) pour permettre aux personnes proches aidantes d’être reconnues et rémunérées; l’accroissement de l’accessibilité des services d’aide domestique; l’élargissement de l’offre de services disponibles; le renforcement de l’innovation en soutien à domicile, notamment par des projets de virtualisation et l’utilisation d’objets connectés. En outre, pour favoriser une meilleure coordination, la nouvelle politique fait des centres locaux de services communautaires (CLSC) la principale porte d’entrée pour un accès rapide aux services et à l’information. Proposant une vision renouvelée du soutien à domicile, la politique vise à aider les personnes aînées ou en perte d'autonomie à demeurer chez elles le plus longtemps possible.
La FADOQ, plus important regroupement de personnes de 50 ans et plus de la province, accueille favorablement la structure proposée par la PSAD, qui place l’usager de même que sa personne proche aidante, au centre de l’approche. « La FADOQ se réjouit de voir les CLSC assumer pleinement le rôle qui leur revient, soit celui de services de proximité », affirme le président de l’organisation, Yves Bouchard. « Il est primordial de simplifier le parcours des usagers pour l’accès aux soins et aux services de soutien à domicile, et de les accompagner afin qu’ils puissent mieux naviguer dans le système ».
Dans un communiqué conjoint, Action Santé Outaouais et l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) de l’Outaouais rappellent que la région souffre toujours d’un sous-financement chronique des services de santé, estimé à 350 M$ annuellement, et qu’elle affiche l’un des taux les plus bas de la province en ce qui concerne les heures de services de soutien à domicile financées par l’État. Les résidents de l’Outaouais doivent donc payer davantage de leur poche pour obtenir ces services auprès de fournisseurs privés.
Les associations affirment que le soutien accru des proches aidants est l’un des piliers du nécessaire virage vers le maintien de l’autonomie. Elles s’inquiètent du fait que la nouvelle allocation autonomie à domicile perpétue une situation où des usagers doivent assumer des responsabilités d’employeurs pour avoir accès aux services de soutien à domicile, ou doivent se tourner vers des entreprises privées ou d’économie sociale pour obtenir des services de préposé à un coût nettement supérieur à l’allocation consentie dans la nouvelle politique.
Enfin, les associations signalent qu’il manque près de 400 places en soins de longue durée en Outaouais, un nombre qui pourrait grimper à 1 500 d’ici 2040. Selon elles, les services d'aide à domicile et les soins en établissement sont étroitement liés, et le fait de ne pas investir dans l'un nuit à l'autre. Elles estiment que, sans solutions structurantes, vieillir en Outaouais risque de coûter très cher.
La FADOQ insiste sur l’importance de rehausser les investissements financiers pour assurer le succès du virage annoncé. C’est pourquoi elle recommande de doubler le financement de trois à six milliards de dollars par année afin de répondre à la demande croissante, sachant que les personnes de 65 ans et plus représenteront près du quart de la population en 2031. Par ailleurs, elle rappelle qu’il est crucial d’informer adéquatement les personnes aînées et leurs proches aidants des changements à venir ainsi que des mesures qui seront mises à leur disposition. En effet, les résultats d’un sondage effectué auprès des membres de la FADOQ avaient démontré des difficultés d’accès aux soins et services à domicile, démontrant toute l’importance de simplifier les processus et de bien informer la population.
« La FADOQ suivra de près la mise en œuvre de cette politique afin qu’elle se traduise concrètement par la prise en charge de toutes les personnes en attente d’un premier service de soutien à domicile, ainsi que par une augmentation du nombre d’heures de services offertes par prestataire », conclut M. Bouchard.
Trad. : MET
Légende photo : La nouvelle politique nationale de soutien à domicile du Québec a été accueillie avec réserve par différents groupes de défense des droits, qui saluent ses objectifs, mais craignent qu’en l’absence des engagements financiers nécessaires, le grand virage tant souhaité vers le maintien de l’autonomie ne puisse se concrétiser. Crédit photo : Page Facebook de la FADOQ
