Le coût du tramway se précise : Gatineau face à un projet de 8 milliards $
Drazen Seslija
Mobilité Infra Québec (MIQ) a dévoilé jeudi le 18 juin 2026 un nouvel état d'avancement du projet de tramway de Gatineau, révélant ainsi qu'un tracé d'environ 24 kilomètres représenterait un investissement préliminaire estimé à près de 8 milliards de dollars.
Cette évaluation repose sur une estimation indépendante ainsi que sur des comparaisons avec des projets de transport collectif similaires réalisés au Québec, en Ontario et ailleurs au Canada. Bien que le coût soit considérable, l'organisme responsable du dossier assure que plusieurs pistes sont actuellement analysées afin de rendre le projet réalisable et financièrement viable.
Initiatives principales
À la mi-parcours de son mandat, MIQ affirme travailler à l'élaboration de recommandations qui seront déposées d'ici le 30 novembre prochain. L'organisation a identifié cinq grandes initiatives destinées à encadrer la poursuite du projet et à optimiser son développement.
Parmi celles-ci figure la consolidation des analyses d'achalandage. Compte tenu du caractère particulier de la région de la capitale nationale, où les déplacements entre Gatineau et Ottawa sont nombreux, notamment pour le travail, MIQ souhaite combiner deux modèles afin d'obtenir un portrait plus précis des besoins de mobilité actuels et futurs.
L'organisme étudie aussi différents scénarios de phasage permettant un déploiement progressif du tramway. Cette approche viserait à répartir les investissements dans le temps tout en répondant aux besoins de déplacement de la population et aux capacités de réalisation du projet.
Une rencontre stratégique réunissant plusieurs partenaires institutionnels, dont la Ville de Gatineau, la Société de transport de l'Outaouais, la Ville d'Ottawa, la Commission de la capitale nationale et le ministère des Transports et de la Mobilité durable, a aussi été tenue récemment afin d'harmoniser les visions et de bien cibler les priorités entourant le projet.
MIQ explore aussi différentes stratégies de financement. Parmi les options étudiées figure une participation financière de la Ville de Gatineau, dans un modèle comparable à celui du projet TramCité à Québec. L'organisme analyse également des scénarios faisant appel à une participation accrue du secteur privé.
De plus afin de renforcer la crédibilité des travaux en cours, une revue indépendante des analyses devrait aussi être réalisée avec la participation de Catherine Morency, professeure à la Polytechnique Montréal et spécialiste reconnue en mobilité et en transport collectif.
Réactions
Le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Benoit Charette, estime qu'un projet de cette ampleur doit être préparé avec rigueur. Il affirme que les travaux en cours visent à développer une infrastructure répondant aux besoins de mobilité de la région tout en respectant la capacité financière des partenaires impliqués.
De son côté, la présidente-directrice générale de Mobilité Infra Québec, Renée Amilcar, considère que cette étape constitue un moment charnière dans l'évolution du dossier.
« Le balisage des coûts constitue une étape déterminante pour orienter les choix à venir. À mi-parcours du mandat, notre objectif est de poser un diagnostic transparent et d'identifier des options crédibles pour assurer la suite du projet », a-t-elle déclaré.
La députée de Hull, Suzanne Tremblay, a également réitéré son appui au projet, soulignant l'importance d'améliorer les déplacements dans une région où les liens entre Gatineau et Ottawa influencent fortement les habitudes de transport.
L’optimisme de Maude Marquis-Bissonnette
Lors de son point de presse du 19 juin 2026, la mairesse de la Ville de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, a quant à elle commencer son discours en louangeant le travail réalisé au cours des derniers mois par toutes les personnes impliquées dans le projet « La mise à jour partagée par MIQ témoigne du travail qui s'est fait dans les derniers mois et de la collaboration qui s'est installée avec les partenaires locaux. Les analyses en cours viennent valider le besoin et tout le travail qui avait été fait jusqu'à maintenant. Notre objectif est de continuer à collaborer afin qu'on puisse offrir aux gens de Gatineau une infrastructure qui répond aux besoins importants en matière de transport collectif », a souligné la mairesse.
Elle a aussi tenu à réaffirmer que le projet du Tramway va aussi desservir la population d’Aylmer « il est absolument question que le projet du Tramway se rend à Aylmer », a-t-elle souligné.
En ce qui concerne la population à desservir des secteurs du plateau et d’Aylmer, elle s’est aussi questionnée sur l’espace disponible pour le passage du Tramway et la planification
« […] jusqu’où on va sur le boulevard du Plateau et Alexandre-Taché-chemin d’Aylmer, il va falloir le déterminer, mais les discussions se poursuivent et je suis assez rassuré de nos discussions avec Mobilité infra Québec. Évidemment, le travail va se poursuivre mais on reconnait tout à fait les besoins de ses deux secteurs-là. Aller par phase de réalisation n’est pas une surprise », a-t-elle notamment soutenu.
Pour ce qui est des coûts du projet, la mairesse a rappelé les retombées économiques d’envergure que la Ville pourrait générer avec le projet, en mentionnant notamment une étude indépendante faisant état d’une retombée de quelques 9 milliards de dollars. « Est-ce qu’on a les moyens de se priver de ce projet, c’est la question, a-t-elle martelé. Il y a plusieurs façons de financer le projet […] C’est un projet qui peut se financer à long terme et on sait qu’on est très bon à la Ville de Gatineau avec la planification financière à long terme », a-t-elle mentionné.
Le projet de tramway est considéré depuis plusieurs années comme l'un des plus importants projets de mobilité de l'histoire récente de l'Outaouais. Les recommandations attendues à l'automne permettront de préciser la forme que pourrait prendre cette infrastructure et les conditions nécessaires à sa réalisation.
