Les vêtements ne vont pas à la poubelle !
Mélissa Gélinas
Afin de diminuer l’impact de la pollution du textile, la Ville de Gatineau a mis en place un plan d’action 2025-2029 pour assurer la récupération de textiles. À cet égard, une initiative en partenariat avec Tricentris (organisation de tri) a été créée afin de mettre à disposition cinq boites municipales de dons, le 17 novembre dernier.
Pour ce faire, deux de ces conteneurs ont été placés au Complexe jeunesse, situé au 1109 rue de Neuville (secteur Masson-Angers), deux autres au parc Moussette, situé au 361 boulevard de Lucerne (secteur Hull) ainsi qu’un au parc des Cèdres, situé au 16 rue Raoul-Roy (secteur Aylmer).
Les matières propres suivantes pourront y être déposées :
- Vêtements
- Chaussures (attaché en paires)
- Accessoires (sac, ceinture, chapeaux et encore plus)
- Linge de maison (draps, serviettes, couvertures et encore plus)
Les enjeux rencontrés
Malgré cette démarche, les boites de dons de textiles ont rapidement vu leur nombre diminuer, au fil des années, en passant de 176 en 2018 à 5 en 2025. Cette forte diminution s’expliquerait par l’arrivée du règlement 839-2018 amendé par la Ville de Gatineau servant à encadrer la gestion des matières résiduelles avec l’ajout de dispositions concernant l’exploitation des boites. Depuis, tous les organismes à but non lucratif (OBNL) de la Ville doivent disposer d’un permis pour être autorisé à prendre en charge les conteneurs d’étoffes. À noter que seuls les ONBL et les entreprises privées ont la permission de les trier, de les vendre et de les redistribuer.
Par ailleurs, la gestion de celles-ci représente plusieurs enjeux, notamment, au niveau du manque de contrôle des matières qui peuvent y être déposées. Pour Bianca Baldo, présidente de l’Association du Village d’Aylmer, la situation est devenue très problématique. « Les gens y jettent n’importe quoi et certains en profitent pour y déposer leurs déchets », affirme-t-elle. Elle mentionne, également, que depuis l’installation des conteneurs, l’association a dû remplir entre deux à trois plaintes par semaine. « Nous sommes favorables à la réduction des déchets textiles, mais nous ne pouvons tolérer que des ordures ménagères, des déchets alimentaires et des objets abandonnés s'accumulent autour de ces conteneurs », mentionne-t-elle. « Ils doivent être retirés ou déplacés vers un emplacement surveillé par caméra », ajoute-t-elle.
Néanmoins, il existe, également, un ensemble varié d’établissements et de services offerts à Gatineau par des écocentres municipaux, des comptoirs de dons, des friperies afin de contribuer à la récupération de ces matières. Toutefois, plusieurs défis demeurent et doivent être pris en charge par la Ville pour optimiser la gestion globale.
Portrait global
À Gatineau, les études démontrent que les déchets de textiles résidentiels ont considérablement augmenté entre 2013 et 2022 passants de 1 500 tonnes à 8 000 tonnes. Ce phénomène n’est pas unique à Gatineau, puisqu’il s’agit d’un enjeu mondial causé en majeure partie par l’essor du phénomène : «fast-fashion». Puisqu’il s’agit de production de vêtements fabriqués à faible coût et à faible qualité, cela encourage une plus grande consommation qui, par conséquent, entraîne une surproduction de matières textiles. En effet, en 2022, un total de 87,6 millions de tonnes de vêtements a été produit dans le monde, dont environ 73 % de ce nombre ont été éliminé par enfouissement ou par incinération résultant, par conséquent, de graves répercussions sur le plan environnemental.
Actions proposées par la Ville de Gatineau :
D’ici 2029, l’objectif Ville de Gatineau est de réduire de 75 % la quantité de matières textiles jetées dans les ordures par les résidents. Pour ce faire, huit actions du plan d’action 2025-2029 ont été élaborées :
- Informer, éduquer et sensibiliser la population par le développement de programmes
- Favoriser le déploiement des points d’apports volontaires (PAV) dans chaque secteur de la ville
- Expérimenter une collecte municipale semestrielle de textiles
- Valoriser le travail des ONBL dans le réemploi des textiles (spécialisés dans le domaine de la réutilisation et de la transformation) par la mise en place d’un programme de reconnaissance
- Mise en place d’études stratégiques pour la gestion des matières textiles
- Favoriser l’entraide et le partenariat entre les ONBL impliqués dans le réemploi des textiles
- Offrir des formations aux OBNL et aux friperies sur le tri du textile
- Établir un système de suivi et de reddition de comptes rigoureux sur le plan d’action 2025-2029

