Une célébration historique
Didier Périès
Littéralement. Parce que cela fait 50 ans que l’école Montessori de l’Outaouais existe. Et probablement aussi, parce qu’elle occupe l’une des bâtisses les plus anciennes d’Aylmer, l’aile gauche du Monastère.
Or, samedi 23 mai avait lieu une après-midi d’activités pour fêter l’anniversaire de cette véritable institution scolaire qu’est devenue l’ÉMO au fil des années, par laquelle sont passées des milliers de personnes. D’ailleurs, étaient présents, parmi les nombreux invités, plusieurs anciens des premières cohortes, dans les années 1980. Ainsi, Marie-Joëlle Duluth, citoyenne aylmeroise qui a fait sa « maternelle » (entre trois et cinq ans) à l’ÉMO, à l’époque sur Front, et qui a quitté la région à 16 ans, avant de s’y établir à nouveau récemment. Elle se dit ébahie par la magnifique cour, qui est aujourd’hui l'un des attraits de l’école, parce qu’elle ne disposait que d’un terrain vague de l’autre côté de la rue. Cependant, la pédagogie, basée sur l’utilisation de matériel pour aborder les nombres ou les concepts, est restée la même : « les casse-têtes, les ateliers, l’organisation des classes », aperçus lors de la visite guidée par les sixièmes années, l’ont replongé dans sa prime enfance. Elle a été marquée à vie, au point d’avoir même conseillé des écoles au Maroc, sur l’implantation de techniques de Maria Montessori.
Pour un ancien élève plus jeune, Cédric McCordick, qui a effectué son deuxième et troisième cycle à L’ÉMO après 2005, l’émotion était très présente, la nostalgie de ses jeunes années dans une école qui a « peu changé » à l’intérieur, remarque-t-il. Après tout, « quand les choses marchent bien, pourquoi les changer ? ». Savoir-vivre ensemble (avec politesse, et respect), savoir-faire (des lacets au jardinage) à travers des activités ludiques et éducatives, tout en respectant le rythme de chacun et surtout en « nourrissant la curiosité » naturelle des enfants, voilà ce qu’il a retenu de l’ÉMO.
Cette dernière peut être considérée comme une petite école, même s’il faut ajouter à la rentrée 2026 une quatrième section de deuxième cycle. L’école fonctionne d’ailleurs déjà avec quatre classes multiniveaux par cycle, ce qui, ajouté à la maternelle, porte le nombre d’enfants scolarisés à plus de 270. Tout cela, c’est qui plait aux parents, comme Natacha ou Suzanne, toutes deux fières mamans de trois enfants, tous scolarisés à l’ÉMO. La méthode Montessori est unique, elle développe l’autonomie (par une feuille de route), l’exploration artistique et scientifique, les activités diverses, notamment à l’extérieur, « sous la lumière naturelle », précise Natacha. Même le matériel, « le plus naturel possible », est vraiment d’actualité, avec les problématiques environnementales que l’on connait aujourd’hui. Il faut aussi savoir que l’implication des parents est chose importante dans le système : depuis sa création, fruit de la volonté d’un petit groupe de parents et la jeune enseignante Anne McConnell jusqu’à aujourd’hui, avec Suzanne, architecte-paysagiste de profession, à qui l’on doit les plus récents aménagements de la cour d’école…
Comment ne pas donner à nos enfants les moyens de devenir de meilleurs individus ? C’est ce qui a toujours guidé la fondatrice, Anne McConnell, qui a bien voulu nous consacrer quelques minutes. La descendante du McConnell, qui a donné son nom au chemin que vous empruntez probablement, et qui était propriétaire de la ferme et des terres alentour au XIXe siècle, a choisi d’aller vers cette approche différente à l’âge de 22 ans, après son baccalauréat, sur le conseil de sa mère qui avait été en contact durant ses propres études universitaires avec Montessori… Elle alla donc en Italie, pour la formation au primaire, puis à Toronto, pour celle au préscolaire, au moment où un groupe de parents cherchait à fonder une école Montessori. Incroyable coïncidence qui décidera de l’avenir de la jeune Anne. Nous sommes en 1986. Elle sera la première à mettre le pied dans la porte, malgré une grande résistance du ministère de l’Éducation à financer ce type d’école et du milieu enseignant en Outaouais. Le reste appartient à l’histoire.
Anne McConnell partage même une vision philosophique de cette éducation : l’ÉMO a pour mission « d’aider les élèves à trouver leur place dans l’univers, à jouer un rôle dans l’environnement », à travers nos choix, contrairement aux plantes et aux animaux, qui sont en quelque sorte « prédéterminés ». Au contact des nombreux anciens présents parmi les 400 personnes à s’être rendues à la célébration, elle a observé que beaucoup ont des carrières avec « un côté humanitaire ou écologique » ; chacun-e fait une différence au service de la communauté, proche ou élargie. Une grande fierté pour la première enseignante et la directrice de l’ÉMO.
Finissons par donner la parole aux principaux concernés d’aujourd’hui : les finissants 2026, dont un groupe de neuf a accepté collectivement de répondre à nos questions et commenter cette belle après-midi de célébration. À les entendre, tous sont heureux de terminer le primaire, de ne plus entrer en rang, de pouvoir partager leur repas, « d’être libres »… Et si ceux qui sont entrés dès la maternelle ont appris la lecture et l’écriture avant cinq ans, plusieurs retiennent plutôt finalement l’autonomie, l’entraide, la qualité des relations avec les amis et les enseignants qu’ils ont développées tout au long de leur parcours, notamment grâce au bénévolat. Très à l’aise, vifs et épanouis face à un adulte qui les interroge, on se prend à rêver d’avoir reçu une telle éducation… dans une autre vie !
